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     Mon p'tit frère bbforna

     

    Les souvenirs d'enfance sont les plus précis. Mon premier souvenir est la naissance de mon frère lorsque j'avais 3 ans.  A l'époque les femmes accouchaient à la maison. Ma mère criait et ma grand'mère restait avec moi à la cuisine, porte fermée. Elle en sortait de temps à autre et à chaque va-et-vient elle me disait:" tu restes là". Elle était inquiète et, déjouant son attention, je  me suis faufilée jusqu'à la chambre à coucher. Il y avait mon père  qui tenait une main de ma mère et une dame (sage-femme) penchée sur elle. Trop petite pour voir ma mère, je l'entendais seulement crier,  puis  la dame s'est levée avec quelque chose dans un linge blanc. Ma grand'mère m'a entraînée à la cuisine. Mon frère était né.  Je me souviens bien de la cuisine qui ressemblait à ça:

     Une parenthèse pour détendre un peu l'atmosphère; clic sur  la cigogne

    Par la suite, les histoires de choux et  de cigognes m'ont fait ni chaud ni froid.

    choux1

     

      Mais un souvenir cuisant me  reste encore en mémoire. Ce jour là, il neigeait

     ma mère me dit: "Eloigne ton petit frère de la fenêtre, je vais aérer."Je fais ni une ni deux. Je  soulève mon frère, déjà lourd pour moi, et l'assois sans réfléchir sur la porte bouillante du four restée ouverte. C'est comme ça que ses fesses furent  brûlées et que commencèrent "Les Malheurs de Sophie". Dès lors, ma mère m'emporta partout avec elle, même aux cabinets.  

    wc

     

     

     

     A l'époque, il y avait contre un mur du corridor, une image représentant une mère avec son bébé la tenant par le cou.souvenirs A chaque passage, ma mère qui tenait mon petit frère dans les bras, s'arrêtait et disait: "Il fait comment le bébé?"  jusqu'à ce que mon petit frère se décide enfin à faire comme le bébé de l'image. Je crevais de jalousie.  C'était un bébé qui ne pleurait jamais. Quand il avait faim, il émettait seulement un petit grognement.

    Puis mon frère a marché.   Je l'empêchais de tomber  et le portais sans cesse pour faire la petite maman. En été au chalet, il laissait pendre ses jambes entre les barreaux de la galerie pendant des heures à rêver, ce qui m'exaspérait.

     Une petite parenthèse avant la suite de ce récit. C'est  seulement une fois que j'ai eu des enfants que j'ai compris que les enfants contemplatifs sont très occupés. Un de mes fils restait parfois planté devant la fenêtre de sa chambre. Une fois, je lui dis: "Marc joue, fais quelque chose, ne reste pas là sans rien faire!"  Il répondit en zézayant (à lépoque, il avait un fil sur la langue): zfais pas rien, zréflézis. Eh toc. D'ailleurs ma mère l'appelait "l'homme tranquille, on en fera un notaire ou un boucher".

    Revenons à mon frère.  Courant d'un bout à l'autre de la galerie, en passant près de lui, vite je lui faisais une petite pincette sur le cou. Il poussait un cri, ma mère accourait. Lui  toujours tranquillement assis et moi toujours galopant. Jusqu'au moment où ma mère, plus maligne que moi, s'aperçut du manège. Cette  fessée là, bien méritée, ne m'est pas restée en mémoire.  Mais il y en eu beaucoup d'autres, toutes méritées, sauf une dont je me souviens comme si c'était hier. Toujours au chalet, il y avait un mirabellier chargé de fruits. Il était défendu de le secouer parce ça attirait les abeilles, les guêpes et même les frelons. Un jour j'ai simplement touché le tronc. Ma mère a cru que je l'avais secoué. Et je reçus ce que je n'avais pas mérité. Il faut dire que ses fessées ne faisaient jamais mal. Elles faisaient  seulement du bruit et étaient humiliantes et je hurlais comme si on m'assassinait. Mais la pire des humiliations c'était quand elle se postait devant moi en brandissant une  main comme une épée, l'oeil lançant des coups de fusil et la voix menaçante disant "fi les cornes"!! fi

    Près du chalet il y avait une plate-bande de pensées. Pour éviter mes bêtises, ma mère  m'occupait à arracher les mauvaises herbes. Très intéressé, mon frère arrachait tout,  y-compris les pensées. "Maman, maman le p'tit frère arrache les fleurs!"-"Montre-lui les fleurs et empêche-le de les arracher". La petite peste disait alors à son petit frère confiant: "arrache celle-ci!" Mais celle-ci était une fleur. Ma mère  guignait: d'où fessée et cris de putois, cela va de soi.  Toujours pour m'occuper, j'avais des petits ciseaux à bouts ronds pour faire du découpage. Un jour que mon frère était tranquillement assis sur une couverture, j'eus envie de jouer au coiffeur. Comme il était immobile je commençai par lui couper les cils. Tout se passa bien, mais ma maman arriva et  m'enleva doucement les ciseaux. Cette fois, pas de fessée puisque je voulais le faire tout beau.


     Quand il a su faire pipi 
    souvenirs tout seul ce fut la fête. Un jour que ma mère faisait la vaisselle il la bringuas pour qu'elle lui prête une louche. Il revint avec cet ustensile fumant. Etonnement de ma mère. Puis réponse de mon petit frère: "z'est pas zale, z'est tout zaud." Une fois je l'ai vu faire pipi dans la pipe souvenirs

    de mon père, mais n'en ai pipé mot à personne. Il faisait pipi partout. Même qu'une fois, il fit pipi depuis le balcon de notre appartement en ville.

     Selon ses envies, il réclamait un bout de pain et de fromage. Ma mère lui coupait une tranche de pain et un petit bout de fromage. Au bout d'un moment il revenait et demandait: "zette fois zaimerais un petit bout de pain et un gros bout de fromaze". Je voulais toujours commander et  il  me disait en zézayant: "fais pas ta directrize!"  ou bien, quand je le mettais à bout,  il brandissait son poing et  disait, des larmes plein les yeux, "hou.. z'te caz' un oz".  J'ai  des remords encore maintenant.

    En grandissant il était devenu très malin. Tous les jours à midi, il guettait, avec tous ses copins, l'arrivée de notre tonton, qui les emmenait au magasin de tabac pour se remplir les poches de bonbons. A table, évidemment, il ne mangeait plus. Ma mère finit par lui interdire de demander des bonbons.  Le lendemain mon frère revint avec des bonbons. "T'as de nouveau demandé des bonbons". "Non z'ai pas demandé" d'où remarque de ma mère à son frère qui répondit: "il me tenait par le pantalon et finit par me dire "maman veut pas que z'demande". 

    A sa demande, son prénom est devenu "Kiki garçon", mais on utilisait Kiki tout court.

    Ici une petite parenthèse pour vous expliquer que les "malheurs de sophie" ont continué à l'âge adulte. A l'époque nous avions  la quarantaine. Je l'avais appelé  Kiki devant tout le monde. Ce fut trop. Il revint  dans l'arrière magasin en me disant furieusement: "J'veux plus que tu m'appelles Kiki!" Même qu'une fois, une cliente  m'avait demandé d'une voix minaudière et la bouche en cul de poule: "Votre frère et vous, vous ne vous ressemblez pas du tout. Etes-vous dplantegrasseu même lit?" Vite je racontai l'anecdote à mon frère qui répondit: "C'est toi qu'es pas du même lit!" Et toc, à mon tour d'être furieuse!

    Revenons à mon frère: Toujours au chalet, on avait chacun un jardinet avec des plantes grasses. La terre  glaiseuse restait collée  à nos pelles. Toujours inventif, mon frère en faisait des boules qu'il pétrissait. Une fois même, il arriva en tenant dans ses mains un matelas de glaise avec deux personnages couchés l'un contre l'autre et  bien modelés : le papa et la maman. Y avait même leurs sexes. Encore maintenant mon frère sculpte toujours mais d'autres choses. Voyez plutôt:

    "Léopards" bronze,120 x 120cm,

    OMPI Genève

     ou ça ou ça

     

     Conclusion: à la naissance notre destin est déjà tout tracé.

    PS: Y en a qui disent que les artistes ont une case en moins. Moi j' trouve qu'ils ont une case en plus pour le plaisir de tous.

    clic sur l'imagefornanu1

    FIN

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    « papillonslumières »

  • Commentaires

    3
    Jeudi 22 Octobre 2015 à 23:43

    Merci de me mettre dans tes "stars"..cela est très flatteur...je te laisse pour continuer mon reportage sur notre circuit au Portugal, article qui paraîtra demain sur http://klinep.eklablog.com à bientôt

     

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    2
    Jeudi 22 Octobre 2015 à 12:06

    Bonjour Omsisi..je vient de lire cet article, qui m'a bien fait sourire...tu as raison, oui notre destin est tout traçé à la naissance, même si on dit prendre des chemins de traverse pour qu'il se poursuive dans la bonne direction...et je vois que ton frère a une belle carrière de sculpteur !! bravo..merci pour cet article qui fait la part belle à l'humour, et aux sourires, le monde de l'enfance bien restitué...je te remercie de ta visite, et te souhaite une bonne journée.

      • Jeudi 22 Octobre 2015 à 20:26

        Bonsoir Jackline,

        Ton commentaire élogieux me flatte. T'es une  bonne conteuse et une voyageuse infatigable. Ton article "Notre croisière sur la Seine (6) Rouen-Honfleur" est passionnant. Je vais le regarder plusieurs fois pour bien le savourer. Permets-moi de te mettre dans mes stars (colonne de droite). A bientôt

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